Les cabarets à Paris ne cessent de se réinventer

Le saviez-vous ?

Mise à jour le 19/10/2026

Cabaret Les Meneuses avec Maud Amour au premier plan.

Lieux de spectacle, de fête, parfois de transgression et de liberté, les cabarets sont intimement liés à Paris. Aujourd’hui, une nouvelle génération venue de divers horizons s’empare de ses codes et les détourne.

Une salle de spectacle pas comme les autres

Ni bar, ni guinguette, ni simple salle de spectacle : le cabaret brouille les frontières. C’est un espace mixte, où l’on vient boire, manger et assister au spectacle, au plus près des artistes. On circule, on échange, parfois on se lève. « C’est un lieu d’expression et d’indiscipline, où se croisent les genres, les pratiques et les publics, avec un goût marqué pour le spectaculaire », résume Camille Paillet, chercheuse et directrice scientifique et artistique de l’association La Maison des cabarets.

Les cabarets ont même leurs vedettes : Mistinguett, La Goulue, Bambi, Joséphine Baker pour les plus anciens ; Soa de Muse, Paloma ou Corrine de nos jours.

À Montmartre, mais pas que

Le Chat Noir, le Moulin Rouge (18e) ou encore le Bal Tabarin : l’histoire du cabaret est souvent liée à la Butte. Ouverts entre Montmartre et Pigalle à partir de 188O, le premier accueillait du théâtre d’ombres et des poètes engagés, le deuxième s’est fait un nom grâce au French cancan. Pourtant, à cette époque, les cabarets essaiment dans tous les quartiers : le moindre marchand de vin peut inaugurer son cabaret artistique. Émergent ainsi au fil du temps, Chez Isis – devenu le BAL (18e) –, La Boule Noire (18e), L’Alcazar (6e), Le Rat Mort (9e), le Crazy Horse (8e)…

Petites ou grandes salles, Paris devient une capitale des loisirs nocturnes et le cabaret un loisir de masse ! Aujourd’hui encore, si le Moulin Rouge continue de mener la danse, des cabarets comme Artishow (11e), La Nouvelle Ève (9e), L’Âne qui rit (17e) ou Oh ! César (15e) animent différents quartiers de la Ville Lumière.

Synonyme de transgression ?

Chansons politiques irrévérencieuses, poèmes sulfureux, costumes provocateurs, danses indécentes et effeuillages… le cabaret aime flirter avec les limites. Beaucoup de cabarets actuels sont également des lieux militants LGBTQIA+, alternatifs ou queer. Mais pas question d’en faire un endroit systématiquement subversif : « Selon les époques, le cabaret peut être transgressif, mais aussi très normatif, patriotique, ou jouer sur des représentations exotiques, pointe Camille Paillet. Mais cela reste dans tous les cas des espaces de liberté, où les spectateurs, moins corsetés qu’au théâtre, viennent faire la fête, pas forcément la révolution ! »

Un renouveau très récent

Paillettes, plumes et vieux clichés ? À partir des années 1960, le cabaret perd de sa superbe. Le genre est considéré comme vulgaire et réduit à une carte postale d’un Paris édulcoré… Jusqu’à un regain d’intérêt il y a une dizaine d’années, notamment grâce aux réseaux sociaux et aux émissions de télévision, comme Drag Race, qui attirent de nouveaux publics, plus jeunes.

Le regard des institutions change aussi avec le plan cabaret, présenté par le ministère de la Culture en 2025, et le lancement de la Saison Cabaret (du 18 septembre au 18 décembre 2026). Le genre entre dans les scènes publiques – le théâtre Chaillot (16e) a récemment rendu hommage aux cabarets iconiques et alternatifs –, les musées, les lieux d’exposition et les universités. Une nouvelle génération s’empare de ses codes et les détourne.

Un lieu refuge pour les artistes

Le cabaret, c’est la liberté. Il fabrique des communautés éphémères, des mondes partagés. Il peut aussi devenir un refuge pour des identités « autres », « un espace où des corps et des identités minorisés trouvent une place, une visibilité et une liberté de représentation », souligne Camille Paillet.

Le Franco-Libanais Hadi Moussally, qui se cache derrière le personnage de scène Salma Zahore, a par exemple imaginé un univers drag flamboyant et décalé qu’il avait du mal à faire vivre dans l’environnement conservateur de Tripoli (Liban), tandis que Gurshad Shaheman, créateur du spectacle Cabaret Téhéran, où il incarne les grandes chanteuses de la culture populaire iranienne, est un artiste en exil à Paris. On pense aussi à Quetzal, réfugiée en France depuis 2019, qui milite contre les idéologies de genre et s’engage pour les droits des migrants : la drag-queen franco-mexicaine s’est notamment illustrée avec le spectacle Rodéo Drag et le collectif Drag Invasion pour soutenir les artistes émergents.

À lire

L’ouvrage Cabarets (CNM Éditions), préfacé par Camille Paillet, réunit 60 photographies de Frédéric Stucin qui dévoilent l’univers du cabaret, entre paillettes, créatures fascinantes et lieux mythiques, des plus classiques aux plus alternatifs.

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