Eva Gonzalès : 6 tableaux à contempler à l’expo du Petit Palais

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Mise à jour le 30/09/2026

Tableau représentant un homme et une femme dans les loges d'un théâtre

Souvent cantonnée au rôle de fille de, d’élève de, de femme de ou d’artiste à la peinture « féminine », Eva Gonzalès s’émancipe enfin de ses carcans ! Elle se dévoile, plus libre et indépendante que jamais, dans une formidable expo au Petit Palais. Au fil de notre visite, 6 tableaux nous ont tapés dans l’œil.

Le saviez-vous ?

Elle n’a jamais fait l’objet d’une rétrospective française ni même internationale, et pourtant, Eva Gonzalès a su s’imposer dans une époque qui laissait peu de place aux femmes artistes. En 1869, sa rencontre avec Édouard Manet, dont elle devient l’unique élève, marque un tournant décisif dans sa carrière. Un parcours interrompu à sa mort, à 36 ans, plongeant son nom dans l’oubli et que réhabilite le Petit Palais (8e) jusqu’au 24 janvier prochain.

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Portrait d’Eva Gonzalès, par Édouard Manet (1870)

Fille d’Emmanuel Gonzalès, journaliste et écrivain connu du Tout-Paris, et de Célina Ragut, musicienne, Eva Gonzalès évolue dans un milieu bourgeois qui l’initie rapidement à la musique et au dessin. Poussée par son père, elle suit l’enseignement du peintre Charles Chaplin, dont l’influence se lit dans ses premières œuvres, puis rencontre Édouard Manet en 1869, dont elle devient la seule élève.

Artiste sulfureux à l’époque, décrié par le jury du Salon du XIXe siècle, il présente ce portrait en 1870, alors que la jeune femme débute sa carrière. Sur cette toile, on voit Eva Gonzalès peindre, glissée dans une robe blanche. Un tableau vivement critiqué, tant son auteur que son modèle, à qui l’on reproche d’avoir accepté de poser dans « une robe blanche aussi sale ».

Jeune Fille aux cerises, par Eva Gonzalès (vers 1870)

Jusqu’à leurs décès en 1883 (des suites d’une grave opération pour Édouard Manet et d’une embolie pour Eva Gonzalès), les deux artistes restent proches et développent une amitié artistique sincère. Le parcours de l’expo s’attarde longuement sur la façon dont l’univers du peintre a nourri celui de sa disciple, allant jusqu’à comparer plusieurs œuvres d’Eva Gonzalès à celles de son maître. Sur cette toile appelée Jeune Fille aux cerises, on retrouve le thème de la gourmandise élégante du XVIIIe siècle, cher à Édouard Manet et observé notamment dans ses tableaux La Chanteuse de rue (1862) ou Jeune Garçon pelant une poire (1868).

Un art plus affirmé, qui éloigne peu à peu Eva Gonzalès de la peinture faite « d’eau de rose et de gouttes de rosée », comme l’avait qualifiée le romancier Henry James au sujet des scènes de Charles Chaplin, dont elle s’inspirait beaucoup à ses débuts.

Une loge aux Italiens, par Eva Gonzalès (vers 1874)

Impossible de ne pas s’arrêter sur cette toile, emblématique du travail d’Eva Gonzalès. Comme souvent, la peintre s’inspire des mondanités de son milieu pour composer ses scènes. Ici, elle s’intéresse aux spectateurs du Théâtre des Italiens, installés dans une loge. On y voit sa sœur, Jeanne, un modèle qu’elle a représenté tout au long de sa carrière, au côté d’Henri Guérard, son époux. Pour l’anecdote : après la mort d’Eva, Henri se mariera avec Jeanne, qui deviendra une mère de substitution pour le jeune Jean-Raymond, orphelin de mère quelques jours après sa naissance.

Ce tableau marque le début de leur histoire d’amour, qui durera jusqu’à la mort d’Eva Gonzalès, à l’âge de 36 ans. S’il s’agit de l’une de ses créations les plus connues, elle est d’abord un échec ; la toile sera refusée par le jury au Salon de 1874, lui préférant une œuvre aux couleurs plus douces, La Matinée rose (1874). Pour ses détracteurs, cette œuvre est la preuve de l’influence néfaste d’Édouard Manet, qui lui conseille pourtant de persévérer. À raison : la peinture sera finalement acceptée au Salon de 1879.

Enfants dans les dunes de sable, Grandcamp, par Eva Gonzalès (vers 1877-1878)

Après les intérieurs bourgeois, nous voilà en bord de mer, sur les plages de Normandie qui deviennent un haut lieu du tourisme au XIXe siècle, notamment pour les citadins voulant s’offrir un peu de repos près de Paris ou les artistes souhaitant y trouver l’inspiration. Jusqu’au début des années 1880, c’est ici que la famille Gonzalès passe la moitié de l’année, écumant les endroits huppés, comme le casino et les grands restaurants, dans lesquels la jeune Eva retrouve ses amis.

Face aux étendues de sable de Dieppe, Honfleur ou Grandcamp, où elle peint cette toile, l’artiste éclaircit sa palette de couleurs. Si sa famille reste son modèle de prédilection, sur ce tableau au style proche de l’impressionnisme, l’attention est portée sur deux enfants revenant d’une partie de pêche.

Le Réveil, par Eva Gonzalès (1877)

Aimant peindre des scènes domestiques et des moments d’intimité féminine, Eva Gonzalès poursuit entre 1870 et 1880 cette exploration initiée par Charles Chaplin, dont elle s’émancipe un an seulement après avoir commencé son enseignement. Affirmant son propre style, elle s’inspire de son quotidien et de la vie des femmes de son entourage, qu’elle esquisse avec le pastel qui prend une place de plus en plus importante dans sa pratique.

Elle s’affranchit également de l’influence d’Édouard Manet, dont elle attend moins les conseils, ce qu’il constate, tout en l’encourageant à poursuivre cette voie. Ce talent, elle le dévoile dans sa série Réveils, dont est issue cette toile, où on voit sa sœur Jeanne au sortir du sommeil. Cette période est vivement saluée par la critique qui l’aide à asseoir sa carrière.

La Promenade à âne, par Eva Gonzalès (vers 1880-1882)

On finit le parcours avec cette toile, peinte par Eva Gonzalès à la fin de sa vie. Une période faste autant professionnellement que personnellement, couronnée par son tableau La Modiste (vers 1877) accepté par le Salon et la naissance de son premier enfant, Jean-Raymond. Des années de bonheur fauchées par sa mort prématurée, peut-être due au chagrin provoqué par celle d’Édouard Manet, survenue quelques mois plus tôt. Sur cette toile, ses pastels arborent un ton plus vif et énergique, et des couleurs plus franches, voire acides.

On y voit, une fois encore, Jeanne, ainsi que le mari d’Eva, le graveur Henri Guérard. Ici, le regard est tourné vers la sœur, juchée sur le dos d’un âne, feignant d’ignorer l’homme.

Eva Y.

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