Après la Shoah, comment se construit la mémoire ? | Recherche
Mise à jour le 30/09/2026
Les enfants juifs cachés ayant survécu à la Shoah forment-ils une même génération ? Zoé Grumberg étudie leurs trajectoires, leurs engagements et la diversité des mémoires construites et transmises en France depuis l'après-guerre.
Infos clés
Dispositif : Bourses de recherche sur la xénophobie et l'antisémitisme
Chercheur-se : Zoé GRUMBERG
Établissement : Institut d'études politiques de Paris
Laboratoire : Centre d'histoire de Sciences Po
Discipline : histoire contemporaine
Présentation
Que devient, plusieurs décennies plus tard, l'expérience d'un enfant juif ayant survécu à la Shoah en étant caché ? Produit-elle nécessairement une mémoire et une identité communes à celles des autres enfants survivants ?
Zoé Grumberg part au contraire de la diversité de leurs trajectoires. Certains enfants ont perdu leurs parents, d'autres les ont retrouvés après la guerre ; certains se sont engagés, devenus adultes, dans des associations mémorielles, tandis que d'autres sont restés à l'écart de ces structures.
La chercheuse s'intéresse ainsi à la manière dont ces expériences ont été interprétées, racontées et transmises au fil du temps. Elle questionne notamment l'existence d'une véritable « génération » des enfants survivants en France et cherche à comprendre pourquoi leurs mémoires collectives peuvent prendre des formes différentes.
Méthodologie
La recherche associe histoire orale, archives et étude des associations mémorielles. Zoé Grumberg s'appuie notamment sur des entretiens avec d'anciens enfants survivants afin de reconstituer leurs parcours et la manière dont leur rapport au passé a évolué.
Elle compare des personnes engagées dans différentes associations avec d'autres qui ont choisi de ne pas participer à ces structures. Cette approche permet de ne pas considérer d'emblée les enfants cachés comme un groupe homogène partageant nécessairement une même expérience ou une même mémoire.
Le projet prolonge un premier travail consacré à deux associations d'anciens de la Commission centrale de l'enfance (CCE). Pour cette étude, la chercheuse avait croisé entretiens, statuts associatifs et ouvrages publiés par les associations afin de comparer les mémoires qu'elles transmettent.
Premiers enseignements
Les travaux déjà menés par Zoé Grumberg montrent qu'une expérience historique commune ne produit pas nécessairement une mémoire collective unique.
Son étude des anciens de la Commission centrale de l'enfance fait ainsi apparaître des mémoires différentes selon les trajectoires d'après-guerre. Chez d'anciens enfants devenus orphelins et accueillis durablement dans les foyers de la CCE, la mémoire se concentre notamment sur l'expérience de la collectivité et de la reconstruction. Chez ceux qui ont retrouvé un ou deux parents, elle peut davantage s'inscrire dans la continuité de l'engagement politique et militant familial.
Ces différences se retrouvent dans les associations créées par ces anciens enfants, qui peuvent transmettre des récits distincts, voire concurrents, d'une institution pourtant commune.
Le projet postdoctoral élargit cette réflexion : plutôt que de présupposer l'existence d'une « génération » unifiée par la Shoah, il cherche à comprendre comment un sentiment d'appartenance générationnelle se construit – ou non – au cours de la vie.
Apports de la recherche
Cette recherche contribue à écrire l'histoire des enfants survivants au-delà de la période de la guerre elle-même, en suivant leurs trajectoires dans l'après-guerre et jusqu'à leurs engagements mémoriels plus récents.
Elle permet également de mieux comprendre comment se construit la mémoire collective de la Shoah. Témoigner, rejoindre une association, transmettre l'histoire de ses parents ou mettre en avant sa propre expérience constituent différentes manières de donner sens au passé.
Le projet accorde ainsi une place centrale à la parole des anciens enfants eux-mêmes et à la pluralité de leurs expériences, sans supposer qu'avoir vécu la persécution au même âge conduit nécessairement à se définir, des décennies plus tard, par une identité commune.
Pour aller plus loin
Les associations d'anciens de la Commission centrale de l'enfance : identités générationnelles et mémoires concurrentes
Publié en 2019 dans la revue Archives Juives, cet article de Zoé Grumberg constitue le point de départ du projet. Il compare deux associations d'anciens enfants de la CCE et montre comment une même institution peut donner lieu à des mémoires collectives différentes.
Les Bourses de recherche sur la xénophobie et l’antisémitisme
Cette recherche a bénéficié du soutien de la Ville de Paris dans le cadre des Bourses de recherche sur la xénophobie et l’antisémitisme, qui encouragent les jeunes chercheuses et chercheurs à mieux comprendre ces phénomènes, leurs formes et leurs évolutions.
À travers ce dispositif, la Ville de Paris soutient la production et la diffusion de connaissances afin de contribuer à la lutte contre le racisme, la xénophobie et l’antisémitisme et d’éclairer les politiques publiques.
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