« Police des Noirs » : surveiller, enfermer, exclure | Recherche
Mise à jour le 30/09/2026
Entre 1777 et 1848, différentes législations encadrent la présence et les déplacements des personnes dites alors « noires, mulâtres et autres gens de couleur » en France métropolitaine. Shandiva Banerjee étudie ces politiques de contrôle et la place particulière qu'y occupe Paris.
Infos clés
Dispositif : Bourses de recherche sur la xénophobie et l'antisémitisme
Chercheur-se : Shandiva BANERJEE
Établissement : Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne
Laboratoire : Institut d'histoire moderne et contemporaine (IHMC – UMR 8066)
Discipline : histoire moderne et contemporaine
Présentation
À partir de 1777, la « Déclaration pour la police des Noirs » interdit notamment l'entrée dans le royaume aux personnes désignées comme « Noirs, Mulâtres ou autres Gens de couleur ». Jusqu'à l'abolition définitive de l'esclavage en 1848, les régimes politiques successifs adoptent des mesures variables visant à contrôler, administrer ou limiter la présence en France métropolitaine des personnes issues des colonies.
La recherche de Shandiva Banerjee étudie ces politiques sur le temps long et s'intéresse à leurs effets concrets sur les trajectoires individuelles. Paris occupe une place centrale dans cette histoire : capitale politique et impériale, la ville accueille des personnes venues des colonies tout en constituant un espace particulièrement surveillé par les autorités.
À travers cette histoire, la chercheuse interroge plus largement la manière dont la distinction entre métropole et colonies s'est progressivement construite, ainsi que la place qu'y occupent les catégories raciales et coloniales.
Méthodologie
La recherche repose principalement sur un important travail d'archives administratives et policières. Shandiva Banerjee étudie notamment les correspondances des ministres de la Marine et des Colonies conservées aux Archives nationales d'outre-mer et les fonds de la Police générale des Archives nationales.
Les sources parisiennes occupent une place particulière. À la bibliothèque de l'Arsenal et dans les archives de la Préfecture de police, la chercheuse a notamment retrouvé des dossiers de prisonniers et des dizaines d'ordres royaux permettant de retracer les parcours de personnes de couleur détenues à Paris puis conduites vers des ports pour être rembarquées.
Ces recherches sont complétées par des fonds conservés dans plusieurs villes portuaires, notamment Le Havre, Bordeaux, Nantes, La Rochelle, Rochefort et Marseille, afin de suivre les déplacements des personnes et la mise en œuvre concrète des décisions administratives.
Premiers enseignements
Les recherches mettent d'abord en évidence un paradoxe : alors que des personnes issues des colonies circulent et vivent en France, les autorités cherchent à maintenir ou rétablir une séparation entre espaces coloniaux et territoire métropolitain.
Cette politique prend des formes diverses selon les périodes : interdictions d'entrée ou de séjour, surveillance des déplacements, enfermement temporaire ou renvoi vers les colonies. Paris constitue un enjeu particulier. En 1802, par exemple, un homme nommé Étienne Michel obtient le droit de vivre dans une commune de l'intérieur de la France, mais Paris lui est explicitement interdit.
L'étude des archives permet cependant de dépasser les textes législatifs. Leur application connaît des hésitations, des résistances et des exceptions, tandis que des centaines de personnes de couleur continuent à vivre plus ou moins temporairement et légalement dans la capitale. La recherche restitue ainsi des parcours individuels souvent peu visibles dans les sources historiques.
Enfin, Shandiva Banerjee étudie comment ces pratiques administratives ont contribué à construire progressivement la « métropole » comme un espace distinct des colonies. Son hypothèse est que l'administration différenciée des personnes issues des territoires coloniaux participe elle-même à la production de cette frontière politique, juridique et spatiale.
Apports de la recherche
Cette recherche permet de replacer l'histoire de l'esclavage et de la colonisation au cœur de l'espace métropolitain, et notamment parisien. Elle montre que cette histoire ne se déroule pas uniquement dans les colonies ou les grands ports atlantiques : elle s'inscrit également dans les institutions, les prisons et les espaces urbains de la capitale.
En reconstituant les pratiques administratives et les trajectoires individuelles, elle permet aussi de mieux comprendre comment des catégories fondées sur la couleur et l'origine coloniale ont été utilisées par les pouvoirs publics pour distinguer, surveiller et administrer des populations.
Pour aller plus loin
L'invention de la métropole : la police des Noirs en France entre 1777 et 1848
Dans cet épisode du podcast OpCit ! de l'Institut d'histoire moderne et contemporaine, Shandiva Banerjee présente directement sa recherche, ses sources et la manière dont l'administration des personnes issues des colonies participe à la construction de la métropole. Le podcast a été publié le 18 novembre 2022.
Déclaration pour la police des Noirs, 1777
Dans cet article publié dans la RevueAlarmer, Shandiva Banerjee présente et commente la déclaration royale de 1777 qui constitue l'un des principaux points de départ de sa recherche.
Les Bourses de recherche sur la xénophobie et l’antisémitisme
Cette recherche a bénéficié du soutien de la Ville de Paris dans le cadre des Bourses de recherche sur la xénophobie et l’antisémitisme, qui encouragent les jeunes chercheuses et chercheurs à mieux comprendre ces phénomènes, leurs formes et leurs évolutions.
À travers ce dispositif, la Ville de Paris soutient la production et la diffusion de connaissances afin de contribuer à la lutte contre le racisme, la xénophobie et l’antisémitisme et d’éclairer les politiques publiques.
En savoir plus sur les Bourses de recherche sur la xénophobie et l’antisémitisme
Settings Text Html