Pourquoi l’antisémitisme divise-t-il les gauches ? | Recherche

Focus

Mise à jour le 30/09/2026

Place de la République.

Pourquoi les gauches française et allemande n’abordent-elles pas l’antisémitisme de la même manière ? Memphis Krickeberg compare les controverses qui ont traversé les deux pays pour comprendre comment leurs contextes politiques et historiques façonnent ces débats.

Infos clés

Dispositif : Bourses de recherche sur la xénophobie et l'antisémitisme
Chercheur-se : Memphis KRICKEBERG
Établissement : École des hautes études en sciences sociales (EHESS) / Université de Passau
Laboratoire : Laboratoire interdisciplinaire d’études sur les réflexivités – Fonds Yan Thomas (LIER-FYT)
Discipline : sciences politiques

Présentation

Le rapport entre la gauche et l’antisémitisme fait régulièrement l’objet de controverses politiques et intellectuelles. Mais ces débats ne se structurent pas de la même manière en France et en Allemagne.

Memphis Krickeberg cherche à comprendre pourquoi une même question produit des positionnements différents des deux côtés du Rhin. Il étudie notamment la manière dont les acteurs définissent l’antisémitisme, les arguments qu’ils mobilisent et les espaces dans lesquels leurs désaccords s’expriment.

Plutôt que de déterminer si « la gauche » serait ou non antisémite, la recherche analyse donc les controverses elles-mêmes : comment l’antisémitisme devient-il un sujet politique à gauche ? Dans quelles circonstances est-il reconnu, contesté ou discuté ? Et quelle influence les histoires politiques propres à la France et à l’Allemagne exercent-elles sur ces débats ?

Méthodologie

La recherche adopte une approche comparative entre la France et l’Allemagne et reconstitue plusieurs controverses publiques intervenues principalement au cours des années 2000 et 2010.

Le corpus retenu s’organise autour de trois grands thèmes communs aux deux pays : l’antisionisme, la place de la lutte contre l’antisémitisme dans l’antiracisme et la mémoire de la Shoah. Onze controverses – six françaises et cinq allemandes – ont été sélectionnées afin d’étudier les arguments, les acteurs et les contextes dans lesquels ces débats se développent.

La comparaison permet ainsi de ne pas isoler les discours de leur environnement politique et historique, mais d’étudier la manière dont les normes et les acteurs propres à chaque espace public influencent ce qui peut être dit, contesté ou dénoncé à propos de l’antisémitisme.

Premiers enseignements

Les premiers travaux font apparaître une différence importante entre les deux pays. En Allemagne, une partie de la gauche a développé depuis les années 1980 une réflexion interne importante sur l’antisémitisme, notamment dans le contexte de la confrontation avec le passé national-socialiste. En France, son intégration parmi les enjeux politiques portés par la gauche s’est construite différemment et a davantage fait l’objet de controverses.

La comparaison montre ainsi l’importance du contexte national. Les débats ne dépendent pas seulement des positions idéologiques des acteurs : ils sont également façonnés par l’histoire politique, le rapport à la mémoire de la Shoah, les organisations engagées dans la lutte contre l’antisémitisme et les normes qui structurent l’espace public.

L’étude des controverses permet enfin d’observer comment certains débats peuvent faire évoluer les positions. Les affrontements publics ne servent pas uniquement à opposer des camps déjà constitués : ils peuvent aussi favoriser l’apparition de nouvelles critiques et de nouvelles formes de réflexion au sein même de la gauche.

Apports de la recherche

Cette recherche apporte un éclairage comparatif à un sujet souvent abordé dans le débat public sous une forme polémique. En reconstituant les controverses et leur contexte, elle permet de distinguer les différents acteurs, arguments et traditions politiques regroupés derrière des catégories très générales comme « la gauche » ou « l’antisémitisme de gauche ».

La comparaison franco-allemande permet également d’identifier le rôle joué par les politiques de mémoire, les normes du débat public et les dispositifs de lutte contre l’antisémitisme dans la manière dont ce phénomène est reconnu et discuté.

Elle contribue ainsi à mieux comprendre les conditions dans lesquelles l’antisémitisme devient – ou non – un objet de réflexion et de mobilisation politique.

Pour aller plus loin

La gauche et l’antisémitisme en France et en Allemagne

Dans ce texte publié par la Fondation pour la Mémoire de la Shoah, Memphis Krickeberg présente son travail doctoral et les principaux enjeux de sa comparaison entre les gauches française et allemande face à l’antisémitisme.

Les Bourses de recherche sur la xénophobie et l’antisémitisme

Cette recherche a bénéficié du soutien de la Ville de Paris dans le cadre des Bourses de recherche sur la xénophobie et l’antisémitisme, qui encouragent les jeunes chercheuses et chercheurs à mieux comprendre ces phénomènes, leurs formes et leurs évolutions.
À travers ce dispositif, la Ville de Paris soutient la production et la diffusion de connaissances afin de contribuer à la lutte contre le racisme, la xénophobie et l’antisémitisme et d’éclairer les politiques publiques.
En savoir plus sur les Bourses de recherche sur la xénophobie et l’antisémitisme

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