Réussir socialement protège-t-il des discriminations ? | Recherche

Focus

Mise à jour le 30/09/2026

Affiche de l’exposition « Fortes Ensemble : dans le viseur des femmes d’Istanbul et de Paris », présentée à la mairie du 10ᵉ arrondissement en 2025.

À Paris et à Berlin, Zara Salzmann étudie les parcours de femmes diplômées dont les parents sont originaires de Turquie. Leur ascension sociale les protège-t-elle des discriminations ? Sa recherche montre comment origine, genre et classe sociale continuent de façonner leurs expériences.

Infos clés

Dispositif : Bourses de recherche sur la xénophobie et l'antisémitisme
Chercheur-se : Zara SALZMANN
Établissement : Sorbonne Université
Laboratoire : Groupe d'étude des méthodes de l'analyse sociologique de la Sorbonne (GEMASS – UMR 8598)
Discipline : sociologie

Présentation

Obtenir un diplôme élevé et connaître une ascension sociale suffit-il à échapper aux discriminations liées à ses origines ?

Zara Salzmann étudie les parcours de femmes âgées de 25 à 40 ans, diplômées du supérieur et dont les parents sont originaires de Turquie. Elles ont connu une mobilité sociale ascendante par rapport à leurs parents, mais leurs trajectoires restent marquées par leur origine sociale, leur genre et la manière dont elles sont perçues dans les sociétés où elles vivent.

La comparaison entre Paris et Berlin occupe une place centrale dans la recherche. En France, les personnes originaires de Turquie et leurs descendantes sont relativement peu visibles en tant que groupe spécifique ; en Allemagne, elles sont au contraire beaucoup plus fortement identifiées comme telles. La recherche interroge les conséquences de cette différence sur les expériences de racisation, de discrimination et d'appartenance.

Méthodologie

La recherche repose sur une enquête menée à Paris, Berlin et Istanbul. Zara Salzmann a réalisé une soixantaine d'entretiens biographiques auprès de femmes âgées de 25 à 40 ans, diplômées au minimum d'un bac +5 et socialisées en France ou en Allemagne. Une vingtaine d'entre elles se sont par ailleurs installées à Istanbul.

Ces entretiens, d'une durée moyenne de deux heures, permettent de retracer leurs parcours scolaires, professionnels et personnels.

La chercheuse croise ainsi mobilité sociale et mobilité géographique, en observant comment les expériences peuvent varier selon les contextes français, allemand et turc. Son approche prend également en compte l'articulation entre le genre, la classe sociale et les processus de racisation.

Premiers enseignements

L'ascension sociale ne fait pas disparaître les expériences de minorisation. Les femmes interrogées peuvent rencontrer des discriminations au cours de leurs études ou de leur vie professionnelle, alors même qu'elles disposent d'un niveau de diplôme élevé. Et cette mobilité n'est pas vécue de manière uniforme : certaines l'associent à une forme d'émancipation, tandis que d'autres décrivent des parcours marqués par d'importantes difficultés.

La comparaison met également en évidence des formes différentes de minorisation en France et en Allemagne. À Berlin, les femmes interrogées sont plus directement identifiées comme étant d'origine turque. À Paris, elles peuvent davantage être perçues comme blanches et ne pas être immédiatement identifiées comme telles ; un nom, un prénom ou certaines pratiques religieuses peuvent cependant modifier cette perception.

Enfin, les trajectoires sociales et géographiques peuvent transformer la manière dont les enquêtées se définissent elles-mêmes. Selon Zara Salzmann, plusieurs femmes rencontrées construisent progressivement des appartenances plus plurielles, combinant différents héritages sociaux, culturels et nationaux plutôt que de devoir choisir entre eux.

Apports de la recherche

Cette recherche permet de mieux comprendre une population encore relativement peu étudiée en France : les descendantes d'immigrés originaires de Turquie ayant connu une forte mobilité sociale.

En comparant Paris et Berlin, elle montre surtout que les discriminations ne peuvent pas être comprises indépendamment du contexte dans lequel elles se produisent. Une même origine peut être rendue très visible dans une société et beaucoup moins dans une autre, avec des conséquences différentes sur les trajectoires individuelles. L'article tiré de la recherche souligne ainsi le contraste entre la survisibilisation des personnes d'origine turque en Allemagne et leur relative invisibilisation en France.

Le travail permet enfin de penser ensemble mobilité sociale, migrations, genre et discriminations, plutôt que d'étudier séparément ces différentes dimensions des parcours de vie.

Pour aller plus loin

Femmes, descendantes d’immigré·es originaires de Turquie à Berlin et à Paris : des transclasses racisées ?

Publié en 2024 dans la revue Hommes & Migrations, cet article de Zara Salzmann est directement issu de sa recherche. À partir de dix parcours – cinq à Paris et cinq à Berlin –, il analyse la manière dont les expériences de minorisation accompagnent la mobilité sociale de femmes diplômées dont les parents sont originaires de Turquie.

Les Bourses de recherche sur la xénophobie et l’antisémitisme

Cette recherche a bénéficié du soutien de la Ville de Paris dans le cadre des Bourses de recherche sur la xénophobie et l’antisémitisme, qui encouragent les jeunes chercheuses et chercheurs à mieux comprendre ces phénomènes, leurs formes et leurs évolutions.
À travers ce dispositif, la Ville de Paris soutient la production et la diffusion de connaissances afin de contribuer à la lutte contre le racisme, la xénophobie et l’antisémitisme et d’éclairer les politiques publiques.
En savoir plus sur les Bourses de recherche sur la xénophobie et l’antisémitisme

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